Site de Véronique Belen
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Méditations bibliques

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En ce temps-là, Jésus disait à la foule : « Est-ce que la lampe est apportée pour être mise sous le boisseau ou sous le lit ? N’est-ce pas pour être mise sur le lampadaire ?
Car rien n’est caché, sinon pour être manifesté ; rien n’a été gardé secret, sinon pour venir à la clarté.
Si quelqu’un a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! »
Il leur disait encore : « Faites attention à ce que vous entendez ! La mesure que vous utilisez sera utilisée aussi pour vous, et il vous sera donné encore plus.
Car celui qui a, on lui donnera ; celui qui n’a pas, on lui enlèvera même ce qu’il a. »

Marc 4,21-25
©Evangelizo.org 2001-2016

L’Evangile est une Bonne Nouvelle. Mais celui d’aujourd’hui résonne dans mon cœur avec une note de tristesse.
Oui, le Seigneur a voulu allumer la lampe de ma foi. Oui, je pense que mes oreilles se sont largement ouvertes, depuis une vingtaine d’années, pour entendre sa Parole. Et tout cela est beau et bon.
Oui mais…
Au quotidien, je suis contrainte à tout cacher sous le boisseau. Et plus les années passent, plus cette pression se durcit. Je suis fonctionnaire de la République laïque. A ce titre, je suis soumise à l’article 11 de la charte de la laïcité à l’école :
11. Les personnels ont un devoir de stricte neutralité : ils ne doivent pas manifester leurs convictions politiques ou religieuses dans l’exercice de leurs fonctions.

Cela peut sembler tomber sous le sens. Et d’ailleurs, je l’ai presque toujours implicitement respecté. Mais je dois dire que ces derniers mois, cela nous est martelé de manière obsessionnelle. Cette année scolaire, les formations continues sont axées sur ce devoir de stricte laïcité. Hier, il nous a été dit en conférence pédagogique :
« Le programme d’éducation civique et morale devrait être votre Bible de chevet. »
Ah bon ? Même chez moi, je devrais donc remiser mes trois bibles pour me consacrer à l’étude de la morale républicaine ? Et si je trouve que la Bible m’enseigne bien mieux en matière de morale et de vivre ensemble, je n’ai plus le droit de le penser ? (suite…)

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En ce temps-là, Jésus revint à la maison, où de nouveau la foule se rassembla, si bien qu’il n’était même pas possible de manger.
Les gens de chez lui, l’apprenant, vinrent pour se saisir de lui, car ils affirmaient : « Il a perdu la tête. »

Marc 3,20-21
Textes liturgiques©AELF

Jésus, mon frère, comme je te comprends ! Il faut avoir vécu cet étau de la famille unie contre soi pour pénétrer quelque peu ton cœur dans de pareils moments. Avec ta passion, je suis sûre que cela fut l’un de tes moments les plus difficiles. Il faut imaginer cette mère si tendre et si aimante, ces frères qui l’étaient certainement bien moins, pétris peut-être de jalousie spirituelle, prêts à te discréditer jusqu’au bout et à te soupçonner publiquement d’avoir perdu la tête !
Tu as su résister, détourner l’insulte, continuer à évangéliser. Jusqu’au jour où ton propre peuple et ceux qui étaient jaloux de leur pouvoir t’ont fait mettre en croix.

Me reviennent en mémoire des visites impromptues de ma famille pour voir si j’étais encore capable de tenir ma maison. Des conciliabules au téléphone pour décréter qu’il était temps de me faire interner. L’impossibilité de me défendre en raison des connivences entre celui qui allait signer les papiers et ceux qui étaient censés mettre un terme à ces désordres. Je me sentais cernée de partout et dans l’impossibilité définitive de me faire comprendre et de trouver le moindre secours. Quelqu’un, un prêtre, et aussi toute une abbaye, avaient décidé de s’en laver les mains. J’étais condamnée à la descente aux enfers dans un pavillon clos de psychiatrie.

Tu sais Jésus, quand on est femme, c’est bien plus difficile encore de ne pas être regardée comme folle. C’est si courant, de faire passer pour délirante une femme qui dérange ! Quelle façon efficace de s’en débarrasser !

Tu m’as donné de renaître de mes cendres. De discerner, avec toi, ce qui avait été tentation configurant au délire, et vérité de ma prière. Tu m’as demandé de me présenter dans mon témoignage comme malade, pour mieux raboter mon orgueil que j’avais si persistant. Pour laisser à chacun le choix de sa décision personnelle.

Beaucoup se rassurent et se satisfont de barrer mon âme d’un diagnostic psychiatrique.

D’autres demeureront avec cette question lancinante en eux : et si au final, nous avions voulu éteindre l’Esprit à coups d’injections ?

Source image : http://kevinjgoodman.com/garden-gethsemani/

Baptême du Christ Giotto

Comme tout le peuple se faisait baptiser
et qu’après avoir été baptisé lui aussi, Jésus priait,
le ciel s’ouvrit.
L’Esprit Saint, sous une apparence corporelle, comme une colombe,
descendit sur Jésus,
et il y eut une voix venant du ciel :
« Toi, tu es mon Fils bien-aimé ;
en toi, je trouve ma joie. »

Luc 3, 21-22
Textes liturgiques©AELF

Il y a un « je » et il y a un « tu ». Ils sont deux qui se révèlent au vol de la colombe. Ils sont deux. Un Père, un Fils. Quand le Fils est incarné, révélé aux baptisés qui l’entourent à son propre baptême, le Père a encore une voix, sa propre voix. Etrangement, ici, le Fils se tait. L’entend-on prier, ou prie-t-il silencieusement ? En tout cas, en sa présence, lui qui est pourtant le Verbe, on peut encore entendre la voix du Père, Lui qui a parlé à Isaïe et à tous les prophètes avant Jean Baptiste. Ils sont deux, le Père et le Fils, et en présence de l’Esprit, chacun a sa propre voix et ses propres paroles, dans un amour qui les comble de joie et les lie l’un à l’autre d’une manière unique.
Si je souligne ce passage, c’est que je ne suis pas toujours d’accord quand on dit que Jésus est « toute la Parole du Père ». Le Père lui a confié sa Parole, oui, pour qu’il l’annonce à ses contemporains, et que nous la gardions jusqu’à son retour. Il n’y a rien au-dessus de cette Parole, rien qui puisse abolir les évangiles, je le crois profondément. Mais je n’irais pas jusqu’à affirmer qu’en Jésus Christ, Dieu nous a dit absolument tout ce qu’il avait à dire. Je n’irais pas jusqu’à prétendre que la Sainte Trinité nous ait donné, avec la clôture des Ecritures, son dernier mot. Ce serait sous-estimer la puissance et la Personne même de l’Esprit Saint. Car si Dieu a encore quelque chose à nous dire dans l’aujourd’hui de nos vies, il peut avoir recours à l’Esprit « qui est Seigneur et qui donne la vie ». Tournons un peu nos yeux vers cette colombe, vers cette manifestation féminine de la Trinité. Nous a-t-elle vraiment déjà tout dit ?
Il n’y a que des hommes pour soutenir pareille théorie, des hommes qui ont verrouillé la révélation, verrouillé la théologie à leur profit.
L’Esprit Saint est souverainement libre. Et quand il lui plaît, quand il est revêtu de la vérité du Père et du Fils, il peut aussi donner une parole nouvelle, qui prolonge, en l’épousant, celle du Fils, quitte à faire exploser les étroitesses des catéchismes.

Image : Le baptême du Christ    Giotto

Bien-aimés,
ne vous fiez pas à n’importe quelle inspiration,
mais examinez les esprits
pour voir s’ils sont de Dieu,
car beaucoup de faux prophètes
se sont répandus dans le monde.
Voici comment vous reconnaîtrez l’Esprit de Dieu :
tout esprit qui proclame que Jésus Christ
est venu dans la chair,
celui-là est de Dieu.
Tout esprit qui refuse de proclamer Jésus,
celui-là n’est pas de Dieu :
c’est l’esprit de l’anti-Christ,
dont on vous a annoncé la venue
et qui, dès maintenant, est déjà dans le monde.
Vous, petits enfants, vous êtes de Dieu,
et vous avez vaincu ces gens-là ;
car Celui qui est en vous
est plus grand que celui qui est dans le monde.
Eux, ils sont du monde ;
voilà pourquoi ils parlent le langage du monde,
et le monde les écoute.
Nous, nous sommes de Dieu ;
celui qui connaît Dieu nous écoute ;
celui qui n’est pas de Dieu
ne nous écoute pas.
C’est ainsi que nous reconnaissons
l’esprit de la vérité et l’esprit de l’erreur.

1 Jean 4, 1-6

Textes liturgiques©AELF

L’Ecriture est toujours à méditer, et ce texte est fort intéressant à plus d’un titre. D’autres en feraient un commentaire plus érudit que le mien. Pour ma part, je vais simplement poser une question : les critères de discernement de saint Jean ne seraient-ils pas obsolètes, près de 2000 ans après leur rédaction ?
Ce texte date d’une époque où il y avait très peu de chrétiens. De nos jours, on compte plus de deux milliards de chrétiens plus ou moins fidèles à leur foi, certes, mais néanmoins, a priori, évangélisés.
Ainsi, il est très facile de confesser que Jésus Christ est venu dans la chair . C’est la base même de notre foi, et près d’un tiers de l’humanité actuelle est capable de le dire, du moins des lèvres, à défaut de faire preuve d’une adhésion spirituelle forte. De là à dire que tout « prophète » qui confesse cela est de Dieu, il y a un très grand pas que personnellement, je ne franchirais pas.
Je ne veux pas ici parler de ceux qui ne confessent pas la foi chrétienne, encore que je trouverais choquant, selon les critères de cette épître, de décréter que les juifs d’aujourd’hui « ne sont pas de Dieu ». C’était sans doute un langage possible à tenir dans les cercles des premiers temps du christianisme pour encourager à la conversion à l’Evangile. Cela me semble tout à fait impossible aujourd’hui, et même, non souhaitable. Nous chrétiens avons beaucoup à apprendre de nos « frères aînés dans le foi ». (suite…)

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Mais à tous ceux qui l’ont reçu,
il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu,
eux qui croient en son nom.
Ils ne sont pas nés du sang,
ni d’une volonté charnelle, ni d’une volonté d’homme :
ils sont nés de Dieu.

Jean 1, 12-13
Textes liturgiques©AELF

Longtemps, très longtemps, j’en ai souffert. J’enviais mes camarades qui étaient aînés, cadets, désirés, chéris par leurs parents. J’enviais mes amies qui avaient été bien accueillies à leur naissance en tant que filles. J’entendais souvent le récit de ma naissance fardeau, les soupirs sur le fait que j’aie été quatrième fille, je guettais un signe de tendresse explicite de ma mère qui ne venait jamais. Sensible et émotive, j’avais en permanence un poignard en travers du cœur.
J’ai grandi avec ça. Grandi quand même. Grandi très vite – et peut-être mieux.

J’ai mis un point d’honneur, à chacune de mes grossesses, à tenir un journal pour parler à ce bébé qui allait arriver et lui raconter à quel point il, elle était désiré et aimé dès le commencement, dès ses toutes premières cellules de vie. Je voulais que jamais il, elle ne vive cette détresse de se savoir profondément non désiré.

Et puis il y a eu un jour une grâce et un basculement. Quelque chose qui a fait qu’en un instant, j’ai compris très profondément ces lignes de l’évangéliste Jean que j’ai citées ci-dessus. Je comprenais par toutes les fibres de mon être qu’il y avait un au-delà de la volonté de mes parents sur moi : une volonté de Dieu, qui m’avait voulue là et en ce temps-là, et fille, et telle que j’étais, avec toutes mes failles, mes blessures et avec ma quête obstinée de la foi. Il y avait soudain la réponse définitive au questionnement lancinant de toute ma vie. Il y avait un amour ineffable, total, comblant. Jamais plus désormais je ne douterais de la légitimité de ma naissance. Et jamais plus je ne douterais de Dieu. C’était un tout. J’étais née par Lui, grâce à Lui, pour Lui. Grâce qui avait été accomplie le jour de mon baptême, quand j’avais à peine une semaine, et réitérée par ma confirmation. (suite…)