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Hier soir, j’ai assisté à un spectacle tout de grâce et de beauté : les jeunes filles de l’association sportive de notre collège s’entraînant dans les sections danse – modern jazz, danse gymnique et hip hop – tout au long de l’année scolaire donnaient leur représentation annuelle. Ce fut une soirée d’enchantement, toutes ces adolescentes se sont donné du mal, créant elles-mêmes la plupart de leurs chorégraphies, pour s’adonner à leur passion dans l’année et enchanter leurs proches et leurs professeurs hier soir.

J’étais d’autant plus touchée que nombre de ces jeunes filles ont été voici quelques années mes petites élèves, et que je suis toujours émue de les voir se métamorphoser en gracieuses adolescentes. Le spectacle, articulé autour du thème du vent, s’enchaînait bien, ouvrant différents tableaux entrecoupés de textes poétiques et de séquences de jonglage impressionnantes. Il y avait de la recherche aussi dans les tenues, simples mais offrant une belle unité à chaque groupe évoluant sur la scène.

Et bien sûr, mon coeur de maman a vibré, car ma fille de 14 ans était très investie dans cette représentation, ayant composé plusieurs chorégraphies, dansé dans différents groupes et dont les professeurs ont bien voulu qu’elle clôture le spectacle par une danse en solo qu’elle a créée elle-même, et qui a fait courir une émotion palpable sur tout le public. Sa soeur de six ans son aînée, complice de tant de répétitions de duos qu’elles offrent pour les fêtes de famille, n’a pu retenir ses larmes en voyant l’accomplissement du talent de sa cadette. (suite…)

C’était au temps de vinyles 33 ou 45 tours. Les lecteurs de cassettes n’avaient pas encore été lancés sur le marché. Les seuls objets technologiques que nous possédions, chez mes parents, étaient un poste de télévision, un tourne-disque et un magnétophone à bandes, ce dernier faisant la fierté de mon père.
Mon oncle prêtre nous faisait régulièrement des cadeaux que nous appréciions particulièrement : des 45 tours d’une série qui s’appelait « Comme un oiseau ». C’étaient des chansons enfantines, chantées par trois fillettes, dont certaines étaient à connotation religieuse. Nous les écoutions réunies autour de l’électrophone, et comme nous avions très peu d’autres disques, ces chansons-là étaient dans notre répertoire favori. Mon père ne manqua pas l’occasion d’immortaliser ainsi les voix de ses quatre filles. Nous avions donc improvisé une chorale familiale, et il nous enregistrait chantant ces chansons, toutes les quatre ou en solo. J’étais toute petite à l’époque, je ne savais pas encore lire, ce qui nous fit sourire des années plus tard en réécoutant les enregistrements et ma mémorisation des paroles parfois un peu amusante.

Je n’ai plus ces disques aujourd’hui, mais je me souviens particulièrement d’une chanson que je murmurais très souvent dans mon coeur. Les paroles m’en sont restées.

Quand le soir il fait trop noir
Que j’allume le couloir
Seigneur je suis comme un oiseau dans ta main
Avec Toi je ne crains rien

Quand je pleure dans mon coin
Que j’ai beaucoup de chagrin
Seigneur je suis comme un oiseau dans ta main
Avec Toi je ne crains rien

Et quand je suis tout blotti
Au chaud dans mon petit lit
Seigneur je suis comme un oiseau dans ta main
Avec Toi je ne crains rien

Et à bien y réfléchir, je me dis que ce que je vis de plus doux dans mon existence de presque quinquagénaire, c’est d’avoir retrouvé ce même murumure de mon coeur dans l’oraison…

J’ose aujourd’hui aborder un sujet qui m’attire toujours la suspicion. Parce que j’y réfléchis souvent, je dérange. Parce que j’ose en parler parfois, on détourne bien vite l’échange, on me fait comprendre rapidement que je fais fausse route, que je ne suis pas une « vraie » catholique, que tel ou tel pape canonisé ou béatifié est là pour me prouver à quel point j’ai tort…

Tous les jours, ce mois-ci, j’ai médité l’Evangile, et je vais continuer à le faire, c’est une heureuse habitude prise depuis longtemps maintenant.

Depuis le 1er mai et jusqu’à la Pentecôte, le 19 mai, l’Eglise offre à notre méditation, tous les jours, les extraits si fondateurs pour notre foi de Jean 14, 15, 16, 17 et 21. Jésus ne cesse de nous y redire l’importance de la prière en son nom et son profond désir que nous demeurions unis dans son amour. Il insiste sur sa médiation dans notre prière qui, par lui, monte vers le Père, en nous donnant l’assurance que par cette voie nous serons exaucés. Il se donne comme celui qui nous élève au-dessus du monde pour que nous accordions nos demandes à la Volonté du Père, en supportant ici-bas les persécutions pour que notre témoignage n’en soit que plus authentique. Les premiers chrétiens se sont accordés aux recommandations du Seigneur parfois au prix de leur sang. Et tout au long de l’histoire de l’Eglise, la méditation et la prédication de l’Evangile s’est perpétuée jusqu’à nous qui nous devons de le recevoir comme un précieux cadeau.

Or, voilà ce que je vis depuis dix jours : on me souhaite un heureux « mois de Marie », je prends mon « Prions en Eglise » et j’y vois une photo de Notre-Dame de la Garde, chaque messe de semaine se termine par un cantique à Marie, on me conseille le chapelet ou le rosaire, on affirme qu’on a été exaucé en priant devant son écran d’ordinateur branché « en direct » sur la grotte de Lourdes.
C’est ainsi, pour nombre de catholiques, c’est « Le mois de Marie ». Et c’est comme si l’Ascension du Seigneur, la Pentecôte et la fête de la Sainte Trinité passaient subrepticement au second plan. Tout cela est devenu tellement naturel et accru ces dernières années que c’est presque avec appréhension que je rédige ce billet. Je vais encore être regardée de travers, soupçonnée d’irrévérence à Notre-Dame. (suite…)

Hommage à un simple

17 avril 2013 | Publié par Véronique Belen dans Blog - 4 commentaires

Tu aurais 107 ans aujourd’hui, mais cela fait déjà dix-huit ans que tu nous as quittés.
Pour moi, tu étais la simplicité, la gentillesse, l’affection sincère qui ne fait pas de grandes démonstrations.
Petite fille, j’aimais me réfugier sur tes genoux. Tu me faisais beaucoup rire. Tu exagérais tout ce que tu racontais, et on en plaisantait toujours : quand tu mesurais ou soupesais quelque chose dans ton récit, il fallait toujours diviser par deux.
Ta vie a été une vie de labeur : d’abord forgeron, tu as été ouvrier dans la sidérurgie, avec toujours une exploitation agricole à gérer en plus, même si ta femme la menait de main de maître.
Tu as eu une vie de mortification affective : orphelin de père et de mère à peine arrivé à l’âge de te marier, tu as choisi une fiancée à la hâte, sans vraiment la connaître, et ce mariage, bien que fidèle pendant plus de soixante ans, a été un naufrage continuel. Jamais tu n’as pu vraiment tenir ta place de chef de famille, entre une épouse tyrannique, un beau-frère vivant avec vous pendant de longues années, puis le fils qui vous a pris chez lui à votre retraite davantage dans son intérêt que dans le vôtre, pour encore plus de vingt ans pendant lesquels tu as eu la place du gêneur.
Souvent, tu n’avais pas d’autre choix que de te taire ou de suivre le train de la médisance.
Tu aimais ta fille, mais tu ne savais pas bien prendre sa défense, acculé à la nécessité de vivre avec ceux qui ne cessaient de l’humilier et de la harceler.
Tu aimais ton gendre, et les moments où vous pouviez travailler ensemble étaient des moments de paix, pour toi, pour lui.
Tu nous aimais, nous, tes petites-filles, d’un amour franc et sans mots, mais parfois l’amour a plus besoin de gestes et de regards que de mots.
Quand je pense à toi, je revois des paniers de champignons cueillis à l’aube, des seaux de framboises qu’il faut bien remplir car celle qui les transformera en confitures attend, des bâtons sculptés avec beaucoup d’art, et ces cahiers d’écolier que j’ai découverts un jour, avec des textes de pièces de théâtre en dialecte mosellan, qui étaient ton jardin secret et pour lesquels tu étais moqué, comme à ton habitude…

Si c’est toi qui m’as donné le goût d’écrire, et pour tout le reste aussi, je ne te dirai jamais assez merci, et que je t’aime.
Joyeux anniversaire, pépé, là-haut !

Je rédige ce billet dans un mouvement d’humeur, qui n’est que la manifestation d’une gêne profonde que je ressens depuis toujours face à l’enseignement privé catholique.

Je suis d’une famille très modeste mais très pieuse, et j’ai fait toute ma scolarité dans l’enseignement public, pour devenir ensuite institutrice dans l’école publique.
Quand j’étais jeune, les enfants de mon village qui allaient à l’école privée en ville n’étaient absolument pas plus pratiquants que les autres, je dirais même, plutôt moins. A l’époque, ils étaient de familles plus fortunées, ça c’est certain. Un jeune garçon du privé avait dit un jour à mes soeurs avec une incroyable condescendance, en leur parlant de notre collège public : « Vous allez à *, cette porcherie ! »
Eh bien, cette porcherie a donné à la nation, sur quatre filles d’ouvrier, trois enseignantes !

Aujourd’hui, je suis encore confrontée à cette concurrence de l’école privée par ma profession. Dès que les parents ont contre nous le moindre grief, fondé ou infondé, ils brandissent puis exécutent la menace de la radiation vers un établissement privé – qui oblige les enfants, je précise, à partir une demi-heure plus tôt le matin, à prendre le car parfois à 8-9 ans avec des collégiens, à rentrer à la maison à 17h30 au lieu de 16h.

Mon école se trouve dans une situation relativement critique. Nous sommes près de risquer, pour la deuxième année consécutive, une fermeture de classe. De cinq classes l’année dernière, nous passerions à trois dans ce cas-là, ce qui signifierait trois triples niveaux à presque 30 élèves par classe. Une réelle angoisse pour chacune d’entre nous, d’autant plus que cela signifierait la perte de poste de deux collègues qui sont là depuis une dizaine d’années.

Or, une famille qui par ailleurs dispense sa fille de cours de religion ( statut concordataire d’Alsace-Moselle : une heure de religion dans l’emploi du temps scolaire, que la très grande majorité de nos élèves suivent), a pris en compte tous les caprices de la fillette et décidé de l’inscrire dans le privé à la rentrée. La directrice a eu beau leur exposer la situation préoccupante de notre école, la réponse a été une totale indifférence à cette question.

Alors voilà, je m’interroge.
Y a-t-il un lien entre l’enseignement privé catholique et l’Evangile ?

Personnellement, dans un pareil cas, je n’en vois aucun. Mais on peut m’expliquer…