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Le temps de la foi

30 mars 2013 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Samedi Saint. Tu as été enseveli. Tu n’es plus visible par personne. C’est le choc de ta crucifixion, de ton esprit remis au Père dans un suprême acte d’abandon et de pardon. C’est le temps du vide de ta présence.  C’est le temps de la foi.

Ne pas pouvoir croire, après une vie aussi donnée à Dieu et source d’infinies bénédictions, que le Tout-Puissant va en rester là. Dans toute la foi des Psaumes,  ne pas pouvoir envisager que l’injuste aura triomphé jusqu’au bout. Croire, au-delà de toute apparence, qu’il est tout proche, Celui qui te justifie. Croire et espérer comme ta mère, comme les plus fervents de tes disciples, comme  les plus fidèles de tes amies. Croire et espérer le matin de Pâques.

Cette année, je vis ce Samedi Saint dans un recueillement particulier.

Mon fils se trouve avec une famille et de nombreux amis autour d’un lac, en Suisse, où se sont noyés deux plongeurs il y a trois ans, deux frères de 20 et 22 ans, pleins de vie, fourmillant de projets et d’engagements solidaires, beaux et rieurs, faisant la joie de leurs parents et de leur petite soeur, contagieux dans leur enthousiasme pour leurs nombreux amis.

Deux sourires demeurés figés dans une éternelle jeunesse, deux blessures indélébiles dans le coeur de tous ceux qui les ont aimés, et qui ne peuvent parler de leur mort, mais que de leur vie.

Nourrir l’espérance du Samedi Saint, demander au Seigneur qu’il se penche avec amour sur une maman suppliciée, une petite soeur amputée, un papa révolté.

Ce soir, à la Vigile, toutes mes prières seront pour vous, Johann et Florian, et pour ceux qui se sont rassemblés aujourd’hui autour du lieu de votre disparition, dans une grande communion d’amour.

 

Image : Photo prise par la famille à la commémoration de l’année dernière

Jésus,

Depuis hier soir à la célébration de la dernière Cène, toi seul sais pourquoi, les larmes me viennent de façon irrépressible. Trop fatiguée, je n’ai pas pu rester à l’adoration nocturne. Mais bien au chaud dans mon lit, je n’ai pas pu trouver le sommeil pour autant et l’insomnie m’a tenaillée jusqu’à quatre heures du matin… l’heure à laquelle tes frères cisterciens se lèvent pour chanter ta louange.
Toi seul sais pourquoi et comment, chaque année, tu me donnes de vivre les temps liturgiques non pas comme des dévotions extérieures, mais comme une communion intime à tes souffrances et à tes joies. Cette nuit tu souffrais seul à Gethsémani, agrée cette petite mortification d’une nuit presque sans sommeil comme preuve de mon amour pour toi.

Je t’imagine, apprenant à lire aux pieds de ta mère dans les rouleaux de la Torah et des Prophètes, et découvrant le poème du serviteur souffrant en Isaïe 53. Et tes yeux s’emplissent de larmes, tu demandes à ta mère pourquoi il doit souffrir aussi injustement, et dans le même mouvement, tu comprends que c’est de toi que parle l’Ecriture. Et dès cet instant, tu sais quelle issue aura ta vie terrestre. Plus tard, les foules prêtes à t’aduler un moment n’y changeront rien, toi tu l’as bien compris, tu es l’Agneau sans tache qui sera immolé pour les péchés de tous ceux-là, de tous ceux qui les ont précédés et de tous ceux qui les suivront. Ta vie doit être une vie donnée. Tu ne peux concevoir de projets personnels d’avenir. Quelles que soient tes affections, tu dois aller vers ce point de rupture du Vendredi Saint, cet acharnement sans nom contre ta chair chaste et tendre, ce torrent d’insultes et de crachats qui te viennent, souffrance suprême, de ceux qui prétendent comprendre Dieu mieux que toi.

Ton corps en croix je le vénère, non comme une affection morbide, mais dans un élan profond de mon coeur vers toi qui nous as tout donné, tout, jusqu’à la dernière goutte de ton sang qui nous sauve, jusqu’au dernier frémissement de vie de ta chair suppliciée, offerte depuis à nos âmes défaillantes dans le sacrement de l’Eucharistie.

Donne-moi, Jésus, de savoir essuyer ton visage dans mon prochain qui souffre, et de n’avoir de cesse de témoigner de mon amour pour toi dans ce monde qui te crucifie encore, chaque jour, dans la violence ou dans l’indifférence…

Véronique

Je ne le connaissais pas, mais la simplicité de sa première apparition publique, ce que j’ai lu de lui depuis tout à l’heure et le nom qu’il s’est choisi, tout me ravit !

J’ai envie de chanter le psaume 33 :

Je bénirai le Seigneur en tout temps, sa louange sans cesse à mes lèvres.

Je me glorifierai dans le Seigneur : que les pauvres m’entendent et soient en fête !

Trois ans…

11 mars 2013 | Publié par Véronique Belen dans Blog - 1 commentaire

Le printemps est en retard cette année, mais cette date me ramène à toi… Je pousse mes branches enfin fleuries vers tes bras qui se tendent vers nous, tout chargés de grâces.
Le souvenir de tes angoisses s’est estompé.
Je te vis telle que tu es devenue : heureuse, sereine, bienfaisante. Ne cessant pas d’intercéder pour nous, tes bien-aimés.
Tu peux être fière de ton mari et de ta descendance. Nous perpétuons ton souvenir sans larmoyer, en vivant au mieux que nous le pouvons pour te faire honneur.
Trois ans déjà.
Trois ans qui n’ont en rien entamé notre amour pour toi, bien au contraire.

Réjouis-toi dans le bleu des cieux, tu restes dans nos coeurs l’irremplaçable, maman…

La grâce

2 mars 2013 | Publié par Véronique Belen dans Blog - 5 commentaires

Un jour, ils ont tout quitté pour se donner entièrement au Christ, dans un lieu presque millénaire.
Fils de saint Benoît, fils de saint Bernard. Fils de Dieu avant tout, et frères de Jésus, en Jésus.
Une vie rude. « Ora et labora ».
Sept offices par jour, le premier à quatre heures du matin.
Leurs voix chaudes montent dans le choeur. Ils chantent les Psaumes qui étaient la prière de Jésus. Ils chantent aussi des cantiques qui sont leur marque de fabrique. Le tout en français, dans un phrasé poétique ; le latin n’est pas absent, le « Salve regina » qui monte tous les soirs dans le choeur plongé dans la pénombre prend aux entrailles. Tant de voix, avant les leurs, l’ont entonné !

Ils ont ce sourire et cette lumière dans les yeux qu’on a tant de mal à retrouver dans « le monde », rien n’est feint, rien n’est artificiel, un sourire est un sourire, une poignée de main est une poignée de main.
Ils psalmodient, ils prient, ils lisent, ils étudient et ils travaillent. Ils vivent de leur labeur. Toujours ensemble.
Et ils accueillent.
On entre dans un cocon de grâce, de silence, de fraternité et de convivialité.
Tout a été pensé pour qu’on y soit bien, la chambre est on ne peut plus confortable, on traverse presque sur la pointe des pieds des couloirs où dans chaque recoin se niche quelque chose de beau, qui élève l’âme. Les yeux sont d’autant plus à la fête que le silence met l’ouïe au repos. (suite…)